Marche exilée, Poème de Jamila Abitar

De tout temps, j’ai porté des voiles
pour assurer à ma démarche,
une part de féminité.

Je porte toujours l’habit qui rappelle le dernier instant.
Une rencontre du corps et de l’esprit sur une terre sans nom.

J’ai vu mes semblables courir après le vent,
trahir la lumière, par la force,
ils sont entrés dans ma chambre.

J’ai vu mes cahiers d’écolière rompre avec ma jeunesse.
Mon corps ne se souvient d’aucune rue,
je suis exilée à l’aube de l’éternité.

J’honore la surface de la terre, sans que l’ombre d’un missile
ne vienne défigurer ma pensée.
Je retrouve l’exquise dérive qui ne mène à rien et sans doute à tout.

Sollicitée pour être,
pour être une épouse,
une maîtresse exilée,
comme une femme,
comme un poète.

Je n’ai pas la langue sage pour taire le legs sanglant.
Je reconnais l’exil, le peuple sans terre.
Et moi, dans la tourmente.

Bleu, il sera
Liberté,
Evasion,
Et moi, prise dans le piège de l’écriture.

Qui pourra me libérer de cette âme poétique
emprisonnée dans mon sang ?

Je me perds dans la logique du dialogue,
je reconnais l’exil de moi-même,
le pas à pas d’une culture.

©Jamila Abitar

Commentaires

  1. " Qui pourra me libérer de cette âme poétique,
    emprisonnée dans mon sang ? ".

    Je ne crois pas que l'âme poétique soit faite pour être libérée, même si elle chante la liberté. elle est tellement personnelle, cette voix profonde, tellement intense, qu'elle est aussi difficile à museler que l'esprit, le vent, les éléments, les barreaux des geôles. Elle est liberté ou elle n'est pas.
    D'ailleurs ton poème est si fort qu'il exprime cette âme indissociable de ton écriture.
    Qui pourrait te blâmer de ce fait?
    Amicalement,

    Roger

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  2. Cher ami, dans la tourmente, je traverse les fleuves et les océans avec la même impression de bonheur. Je rêve d'un moment d'absence intense pour libérer mon imaginaire et ta main tendue
    me rend le voyage plus facile. Amitié

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  3. L'âme poétique s'est faite chair, elle niche au coeur de la fibre. Elle vibre un moment et puis s'envole déjà, légère et libre comme toi, chère Jamila.

    Bises

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  4. l'âme du poête est lièe à son soufle;une vibration qui transperce les peaux....

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  5. Magnifique comme toujours je resterai admiratrice de ce verbe que tu sais si bien transmettre comme une brise tantôt douce , tantôt forte, parfois même cela ressemble à une tempête . Ta poésie ressemble à notre mère la terre, elle nous donne du plaisir et des frissons. merci

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